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jeudi 22 septembre 2011

Réflexions sur les propos de François Cardinal sur les mesures d’apaisement sur le Plateau

Bonjour mes voisins,

Je respecte beaucoup François Cardinal de La Presse. Il est plein de bon sens et réfléchi. J’aime le lire.

Vu comme lui de l’extérieur, il a raison. Il pense global comme ce devrait être idéalement. Les transports en commun sont la solution, mais qui, en haut lieu, s’est vraiment soucié de penser global avant les bouchons brûlants de cet été? On pense par morceau et ça prend un grand mélodrame au Québec pour qu’on se réveille. Mais se réveiller ne veut pas dire agir.

Vu de l’intérieur, c’est une autre paire de manches que tout le monde semble ignorer. Les médias ont donné la parole aux contre. Les pour ont été écartés. Si bien que si tu es pour, tu passes pour antisocial, puisque le bien-être de la population de la grande région de Montréal est en jeu!

Sait-on que depuis vingt-cinq ans maintenant, les gens du Plateau se plaignent du nombre de voitures (et il y en a de plus en plus), de leur vitesse, de la pollution atmosphérique, d’insécurité et du bruit. Depuis le début des années 80,  on en a des échos dans les articles de journaux, dans de multiples plaintes au Conseil de quartier, comité de la rue Christophe Colomb, comité de la rue Rivard,  Association des résidents et résidentes du Plateau,  Rue pour tous avec Christian Boulais, un autre avec Luc Ferrandez, les Colombos du Plateau, le Comité de circulation de la Maison d’Aurore composé de neuf comités de rues différentes. J’ai été mêlée à presque tous.  Grâce au dernier comité, nous avons pu enfin aller sur la place publique et nous faire entendre.

Pendant près de cinq années, des milliers de personnes sont venues nous voir, discuté avec nous, marché avec nous, protesté avec nous, affiché dans leurs fenêtres Maximum 30 et Trop d’autos trop vite, aidé à planifier le PDU citoyen qui a mis de la pression sur l’administration de l’arrondissement puisque c’est de son ressort maintenant, et Michel Labrecque a péniblement sorti le PDU qui nous promettait des changements assez timides d’ici 2025. Et pourtant le constat était déjà clairement établi dans le Plan de transport et le Plan d’urbanisme de la Ville au début des années 90. Il y a de quoi s’énerver.

De sorte que quand Luc Ferrandez s’est présenté aux élections avec un programme qui répondait enfin à nos espérances, nous l’avons élu avec sa gang au complet. Et de plus, il connaissait notre impatience. Dans toutes les villes de l’Île, fusionnées ou défusionnées, on connaissait le problème galopant posé par la circulation de transit et on agissait pour le bien-être de la population et on continue de le faire. Mais dans les quartiers montréalais, nenni.

À Québec, il n’y a qu’un problème : la fluidité. À Montréal, l’apaisement de la circulation, c’était et c’est toujours le dernier des soucis malgré les recommandations que l’on peut lire dans de multiples rapports parus au cours de la dernière décennie. Ne pas toucher - c’est un sujet impopulaire. Et il y a plus important.

Il aurait donc fallu comme François Cardinal le suggère, attendre que la solution vienne de l’extérieur. Mais d’après notre expérience, dans 50 ans ce ne sera toujours pas réglé de la façon que c’est parti. J’ai bien peur que je serai morte bien avant…

On admire les reportages de Gentile à Radio-Canada sur Stockholm, on cite en exemple ce qui a été fait à Portland, au Danemark, en Allemagne, Paris, etc. Il y a plein de conférences sur l’aménagement des villes, etc. Quelques rares journalistes ont fait allusion à l’environnement en glissant rapidement. On dit deux mots positifs des intentions du maire, et ensuite on passe aux doléances… Et si Ferrandez parlait des vraies choses pour le présent et l’avenir, pas juste pour le Plateau, mais pour une vraie vie urbaine montréalaise? Et que les familles y trouvaient leur bonheur ?

François Cardinal a dit que tout était dans la manière. Quand il s’agit d’autos, il n’y en a pas de manière. Quelle que soit la formule, ça crie! Pas dans ma cour! Touches-y et tu vas voir! Et c’est ainsi partout dans le monde, pas juste sur le Plateau. Volonté politique, vous connaissez?

Les médias nous ont appuyés quand nous dénoncions la situation au Comité de circulation. Maintenant qu’on est dans la réalisation, ils sont partis du côté des chialeux qui sont ma foi admirablement bien servis! L’émotion, ça parle! Et pourtant, on ne les a pas fait disparaître les 10,000 voitures concernées, on leur a juste demandé de passer matin et soir sur les artères tel que voulu par la hiérarchie des rues. À la vitesse qu’elles passent, elles n’ont pas envie de s’arrêter, c’est facile à voir. 10,000 véhicules dans une mer de 625,000… De plus en plus, les gens qui ont cru les messages alarmistes de tout un chacun et qui nous ont évités pendant des mois, nous font avec surprise la remarque suivante : « Mais c’est comme avant, ça passe très bien et il y a toujours du stationnement ». Mais bien sûr.

Car voyez-vous, de toute façon, les automobilistes ont trouvé dans leur bouillon de rage d’autres chemins et Christophe-Colomb a presque autant d’autos qu’avant au sud de Mont-Royal. Il aurait suffi que le Maire de Montréal apaise les esprits et chacun aurait trouvé son vrai chemin. Il a délégué la responsabilité aux arrondissements, mais il a droit de vie ou de mort dessus. Il passe par des voies détournées.  Non seulement les émotions sont privilégiées, mais il fait de la politicaillerie! Ça paraît bien auprès des contre. Je rêve de remplir de ciment les cônes de la rue Gilford… Mais chut!

Derrière notre maire d’arrondissement, il y a pourtant les besoins d’une population de près de 103 000 citoyens pas juste des marchands. Ma rue étroite a été apaisée en inversant un segment. Jamais je n’aurais cru, depuis trente ans que j’y habite, que je pourrais jouir d’une telle qualité de vie. Ça ne concernait qu’une bien moindre quantité de voitures, soit, mais elles n’étaient pas au bon endroit. Mais il a fallu au moins 15 ans de lamentations pour y arriver.

Le Maire Tremblay oublie-t-il que ses services centraux ont supervisé le projet piloté dans l’arrondissement par un comité aviseur et des spécialistes, en plus de rencontrer des recommandations que l’on trouve dans le PDU du Plateau préparé par des membres de son propre parti et l’argent des citoyens? Dans ce domaine, encore faut-il être sensibilisé. Il faut y aller avec des essais, erreurs, corrections, on n’a pas le choix. L’automobiliste est une drôle de bibitte souvent imprévisible. 

En tant que résidente, moi aussi je me sens, dans cette saga, un bouc émissaire, car je suis solidaire et j’en souffre. Ma foi, je vais arrêter de me cogner la tête contre les murs. Je constate que nous n’avons pas d’autres solutions que de crier fort et d’être télégéniques! De plus, que ce n’est pas tellement la raison qui prime mais le bruit.

Huguette Loubert,
Membre de Plateau milieu de vie

mercredi 7 septembre 2011

On fait tous des choix. Nos voisins commerçants ont fait celui de nous précipiter la tête la première vers une taxe spéciale.

Petite leçon de business d'après la SDAMR :

1- miauler haut et fort dans les jupes de la ville-centre à propos de ce qui ne vous plaît pas dans la politique locale, et la faire intervenir dans des projets qui la concernent autant que votre première chemise

2- miauler haut et fort dans tous les médias à quel point c'est devenu ou ça va être l'enfer de venir magasiner dans votre arrondissement, s'étonner ensuite que le chiffre d'affaires ne progresse pas

3- miauler parce que l'arrondissement lève une taxe spéciale pour boucler un budget, taxe qui impactera aussi bien les résidents que les commerçants qui "paient déjà tellement de taxes" (oui parce que les résidents ils n'en paient pas, c'est bien connu, et puis de toutes façons ils ont choisi de venir habiter là non ?)

Avec le point 1, vous vous mettez vos voisins à dos, ceux qui assurent 80% de votre chiffre d'affaires. Avec le point 2, vous faites fuir votre clientèle extérieure, ceux qui vous apportent le 20% restant. Ces 2 points sont déjà réalisés il y a presque 1 an.

Le point 3 ? D'ici quelques jours.

***

Je suis résidente du Plateau, et je me vois entourée de commerçants hostiles à l'amélioration de mon cadre de vie - qui est aussi le leur après tout. Ces améliorations il faut de l'argent pour pouvoir les réaliser, et tous ceux qui utilisent mon environnement pour avoir du fun pourraient mettre la main à la poche. Mais comme ils sont clients des commerçants sus-cités, ils ont le droit à tous les égards. Moi, leur cliente mais aussi leur voisine, je ne compte pas.


Ce cadre de vie, nous les résidents le partageons avec des commerces qui
- encombrent nos ruelles et nos trottoirs de leurs poubelles (ça pue, ça déborde, c'est dangereux et c'est de l'occupation de l'espace public en face de chez nous),
- n'imposent aucune retenue à leurs clients saouls qui sortent en hurlant à 1h35 le matin et réveillent le petit dernier qui venait enfin de s'endormir,
- refusent de considérer que leurs clients extérieurs pourraient eux aussi faire des efforts quand ils choisissent de venir se divertir ici, au même titre que nous leurs voisins en faisons tous les jours en les supportant (à comprendre dans tous les sens du terme) parce que nous avons choisi de venir habiter là.


Je ne nie pas que le commerce se porte moins bien qu'il y a quelques années. Mais je doute que la cause en soit uniquement des changements à la politique locale de circulation et de stationnement (pour ne citer qu'elles), car ces difficultés se retrouvent à travers l'ensemble de l'île de Montréal, le Québec au complet, le Canada d'une mer à l'autre, même ailleurs dans le monde. Je me demande au contraire si la raison n'en est pas la frilosité généralisée d'un modèle commercial qui a fait son temps.

Est-ce le bon produit ? Au bon endroit ? Au bon moment ? Ces 3 questions cruciales, j'aimerais que tous les commerçants se les posent. Et j'aimerais aussi (mais je rêve en couleurs) que les commerces de l'Avenue du Mont-Royal se rendent compte, en toute franchise, que bien souvent leur produit est bon, leur emplacement est enviable, et la clientèle est là. Car vous vous en sortez globalement mieux qu'ailleurs.

***

On fait tous des choix.
Il semblerait toutefois que mes voisins marchands considèrent que certains, au prétexte que leurs choix sont motorisés et habitent ailleurs, ont plus de valeur que les miens et ceux des quelque 100,000 personnes qui partagent leur quotidien.


Geneviève Dodin
pour Plateau Milieu de Vie

dimanche 28 novembre 2010

Réaction à l'entrevue sur le stationnement par Joël Le Bigot, samedi 27 Novembre 10h15

Monsieur Le Bigot,


votre émission, et ce depuis fort longtemps, est une des plus écoutées sur les ondes de Radio-Canada. Avec la légèreté que vous arrivez à lui donner, l'humour que vous y distillez, la multiplicité de vos intervenants qui donne le recul nécessaire à un sujet donné, et avant tout l'ambiance de camaraderie qui s'en dégage, cette reconnaissance n'est d'ailleurs pas volée.

On peut ne pas toujours être d'accord avec vous. Mais à combien d'entre nous est-ce arrivé de vous mettre dans le sac "irrécupérable", pour mieux vous en sortir dans l'heure qui suit parce qu'avec une trouvaille dont vous seul êtes capable, vous vous "rachetez".

Mais ce samedi, sur le coup de 10h15, vous nous avez infligé tout un choc en abordant le sujet chaud du moment en politique montréalaise, à savoir la question du stationnement sur le Plateau Mont-Royal. Vous avez interviewé M. Patenaude, un commerçant farouchement opposé au plan proposé par l'administration en place. Il y est opposé, c'est son droit. D'ailleurs il n'est pas le seul évidemment.

Après une voix aussi violente à l'encontre du plan, on était en droit de s'attendre à une voix opposée. Mais après que M. Patenaude en a eu fini avec ses grossières erreurs, ses petits arrangements avec la vérité, pour ne pas dire ses évidents mensonges... rien. Non content de le laisser tout mélanger allègrement (que vient donc faire le déneigement dans un débat sur des parcomètres ??), vous n'avez même pas fait mine de jouer l'avocat du diable, ce que vous savez pourtant si bien faire habituellement.

Ne vous étonnez donc pas que nous nous posions plusieurs questions, à commencer par celle-ci : où est la rigueur dans votre entrevue ?
Avez-vous ne serait-ce que parcouru le plan de stationnement en question ? Êtes-vous par conséquent en mesure de constater que les dires de M. Patenaude étaient soient largement exagérées, soit un entrelacs de mensonge et de mauvaise foi ?
Mauvaise foi à laquelle, en n'opposant personne, vous avez déroulé le tapis rouge.

Pour vous brosser un tableau rapide de ce plan de stationnement, voici quelques faits :
- retrait de 1500 places sur 3 ans : sur les plus de 24000 gratuites disponibles actuellement, cela fait un gros 0.5% de moins par an, et uniquement pour se mettre en conformité avec les règlements provinciaux (dégagement des intersections). Qui était là pour mettre ce fait en perspective ?
- augmentation du tarif horaire : dans tous les centres urbains du monde cela s'est vérifié, à commencer par celui de Montréal, une augmentation de tarif ne fait pas fuir les clients des commerces, au contraire elle fait "tourner" plus vite les autos stationnées. Le Plateau, en tant que quasi-centre-ville, est aux prises avec des milliers d'autos "ventouses" qui monopolisent une place gratuite toute la journée, empêchant ainsi un client venu faire des achats ciblés de se stationner facilement. En maintenant des places gratuites, la ville se prive de toute une frange de clientèle pour les commerces.
- tarification des rues résidentielles : uniformisation et élargissement des actuelles zones de vignettes résidents. Car vous ne semblez pas le savoir, mais ce sont bien souvent les résidents les premières victimes de la sur-utilisation du domaine public par des autos inutiles. Les nouvelles vignettes, au même prix que les actuelles, permettront aux habitants des rues résidentielles adjacentes aux artères commerciales de trouver plus facilement un stationnement... grâce à la rotation abordée ci-dessus.

Et encore, il ne s'agit là que des points abordés par M. Patenaude. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, par exemple que les représentants des commerçants avaient pour commencé donné leur accord à ce plan. Pourquoi ? Parce que 30% des revenus dégagés seraient reversés aux SDC. Évidemment, c'est quelque chose qu'il s'est gardé de mentionner... si toutefois il le savait. Il s'est visiblement contenté de répéter les mensonges inscrits sur l'affiche placardée dans presque toutes les vitrines du Plateau contre le maire Ferrandez dans le plus pur style "far west", affiche qui nous prend, nous, *résidents et clients*, entre le marteau et l'enclume. Nous ne croyons pourtant pas avoir moins de valeur que n'importe quel autre client sous le simple prétexte que nous ne venons pas en auto, bien au contraire.

Mais qui va nous croire lorsque nous clamons le plus fort possible que ce plan est un rétablissement de l'équilibre ? Que nous sommes *pour* l'augmentation des tarifs ? Voyons, personne doté de son plein jugement ne peut être pour une augmentation. Alors aussi bien n'interviewer personne en opposition à ce commerçant à courte-vue, vous risqueriez de passer pour un fou...

Voyez-vous, il s'agit d'une lutte bien déséquilibrée. Parce que des deux opposants, l'un seulement est relayé par les médias, et qu'en l'occurence ceux-ci entretiennent une partialité révoltante - des articles basés sur une mauvaise information, des entrevues ne donnant la parole qu'à une seule partie.

Ce samedi matin nous avons été désolés - le mot est bien faible - de constater que même vous, vous vous livrez à ces règlements de compte.


Association Plateau Milieu de Vie

samedi 20 novembre 2010

Lettre à Monsieur Michel Depatie et aux commerçants du Plateau Mont-Royal

Lettre d'un résidant du Plateau publiée sur plusieurs blogues

M. Depatie,

En tant que résident-acheteur de biens et services du PMR, c’est avec une grande déception que j’ai pris connaissance des propositions pour le moins rétrogrades que vous avez récemment mises de l’avant pour freiner, sinon éliminer les mesures d’apaisement de la circulation dans nos quartiers.
Ainsi, si j’ai bien compris, vous demandez, entre autres, que l’on garde le statu quo sur le nombre de places de stationnement « gratuites » sur le Plateau, que l’on augmente pas le coût des parcomètres, que l’on « retarde » les mesures d’apaisement de la circulation. Vous demandez également que le maire de Montréal ne transfère pas à l’administration du Plateau les pouvoirs de gestion et de perception en matière de stationnement.
Chacune de ces demandes exprime un profond mépris pour la vie de quartier des résidents du Plateau, et dans le dernier point, celui du retrait des pouvoirs aux élus locaux, une insulte aux citoyens-résidents-électeurs.
Comment osez-vous nous dire, à nous qui avons élu ces gens qui nous administrent, que vous passez au-dessus de leur autorité, et donc au-dessus de nous, qui vous faisons vivre, pour empêcher la mise de l’avant de mesures qui vont améliorer notre qualité de vie, celle de nos aînés et de nos enfants ?
Et j’en rajouterais en disant que toutes les mesures proposées dans le plan de stationnement ont un effet direct sur l’amélioration de la qualité de vie, le verdissement et la sécurité sur rue des résidents et visiteurs, incluant un montant important des revenus des nouvelles mesures (30%) destinés à l’amélioration des artères commerciales pour les rendre plus attrayantes pour les gens qui fréquentent les commerces et places d’affaires.
Bref, c’est de votre part une grave insulte à nos élus, et surtout à nous, les citoyens du Plateau. C’est Impardonnable, irréfléchi et irresponsable.
Il y a sur le Plateau plus de 101,000 résidents, 5,000 places d’affaires, 1400 commerces (la plupart dits de proximité) incluant un certain nombre de bars et restaurants. Moins de la moitié des résidents (31,400 possèdent une voiture). Il y a sur le territoire 60,000 places de stationnement dont 24,500 gratuites sur rue.
Ces chiffres sont énormes en proportion de la population et ne se retrouvent nulle part ailleurs, en milieu résidentiel urbain. Vous admettrez donc avec moi que l’installation de 600 nouveaux parcomètres et la réduction de 1 500 places gratuites sont loin, très loin d’être tragiques comme vous le laissez entendre.
Vous prétendez avoir effectué un « sondage » démontrant que les mesures visant à restreindre le nombre de places gratuites et l’augmentation du coût du stationnement amèneraient une perte de « 8% d’achalandage pour les commerçants ». Vous ne parlez pas de méthodologie, mais j’aimerais bien la voir. Cessez de prendre les gens pour des ignares. Pour arriver à un pourcentage aussi précis, il faudrait que vous puissiez nous expliquer, vraiment, comment vous avez obtenu ce résultat. Qu’en est-il de votre marge d’erreur ? Le fait de répéter une information n’en fait pas nécessairement une vérité.
Maintenant, une autre vraie question : au nom de qui parlez-vous vraiment ? J’ai quelques réponses qui ne vous plairont pas : Est-ce que ce ne seraient pas au nom des propriétaires des quelques dizaines de bars et restaurants, ceux des rues Saint-Denis, Mont-Royal et Saint-Laurent qui attirent une clientèle qui vient en grande partie des banlieues trois fois la semaine, quatre fois par mois, exclusivement en auto ?
Et à propos, quelques données, tirées cette fois d’un « sondage » officiel avec une méthodologie robuste, Origine Destination (2003) : il y a environ 80,500 stationnements effectués quotidiennement sur le Plateau, dont 18% en provenance des banlieues, 40% des résidents du Plateau et 42% du reste de l’île. De ce nombre, 8,6% le sont pour le magasinage et 15,7% pour les « loisirs ».
Ces données indiquent qu’une très faible proportion de résidents du Plateau utilise leur voiture pour faire leurs courses et fréquenter bars et restaurants. Et si certains le font, ils doivent assumer leurs choix individuels. Si vous avez les moyens d’avoir une voiture et résidez sur le Plateau, vos moyens sont sûrement suffisants pour absorber une hausse de 1$ l’heure pour le parcomètre !
Vous dites que vous avez reçu des courriels et que vous trouvez ça « épeurant » : combien de courriels ? Quelle en est la provenance ? Combien viennent de résidents du Plateau ?
Je vais vous dire, moi, ce que je considère épeurant : c’est de me sentir pris en otage par une organisation soit-disant représentative des commerçants que je fréquente tous les jours et où je dépense pour tous mes achats domestiques et aussi pour mes loisirs.
Je vais donc tenter d’énumérer ici, pour le plaisir, les commerces et restaurants où je vais acheter biens et services tout au long de l’année. J’y vais à pied, à vélo ou en voiture, tout dépend de la distance et de ce que j’ai à transporter. Et quand j’utilise l’auto, je paie le parcomètre pour quelques heures. Point final.
Voici la liste (incomplète) des commerces que je fréquente régulièrement tout au long de l’année : Marché Métro, Valmont, la poissonnerie Daurade Rose, les Copains d’abord et les autres boulangeries-pâtisseries de l’avenue Mont-Royal, Tony Pappas, le Verre Bouteille, Cuir Mont-Royal, la Boîte à coiffer, Claude de France, Péché Glacé, David’sTea, Au coin des bas, La librairie du Plateau, Diabolissimo, La Soupière, Gap, Stokes, Arthur Quentin, Côté Sud, La Maison du rôti, Rona, Renaud-Bray, le Valet de Cœur, les SAQ, les pharmacies Jean Coutu, Genre.com, l’Aubainerie, Style.com, Courir, New Look, Fêt-Art, l’Anecdote, La salle à manger, En vrac, la clinique vétérinaire Journet, les Belles-soeurs, Madame Bolduc, l’Appartement, Jeune Amérique, Amir, Free-Son, la bouquinerie du Plateau et l’Échange (et tous les autres commerces du genre), la boucherie Champfleuri, Harnois chocolatier, la fromagerie Hamel, la Maison de la presse, Lemieux, l’animalerie du Plateau, Piazzetta, Bières et Compagnie, Frites Alors, Chez Tri, la Boîte gourmande, Bu, Portus Calle et j’en passe… ça fait plus de 60 commerces, quand même…
Et en passant, je considère que si vous êtes en mesure de payer une facture de 200$ pour un repas pour deux avec vin, taxes et service chez Portus Calle, vous les avez sûrement pour payer 10 $ de parcomètre. Nous allons parfois chez Portus Calle (enfin, nous y allions…) à pied ; est-ce qu’on est des tout-nus parce qu’on n’y va pas en voiture ?
Alors pour conclure, Monsieur Dépatie, malgré les 300 personnes présentes à votre assemblée du 17 novembre (selon ce que vous prétendez), je ne peux pas croire une minute que vous parliez vraiment au nom de tous les commerçants que j’ai énuméré plus haut. Et si vous persistez à dire que vous les représentez, alors j’aurai, comme beaucoup d’autres résidents, de sérieux doutes quant à mes habitudes d’achat local. Alors faites très attention à ce que vous avancez. Je ne connais pas le chiffre d’affaires de l’ensemble des commerces du Plateau, mais il est certain qu’un pourcentage très élevé provient d’acheteurs locaux comme moi et mes voisins.
Vous aviez à l’origine, publiquement, appuyé les mesures annoncées et vous aviez toute l’information, contrairement à ce que vous affirmez. Vous avez sans doute reculé suite aux pressions d’une poignée de propriétaires de bars et restaurants qui attirent quelques jours par semaine une clientèle des banlieues. Alors, pour reprendre une phrase célèbre : Jusqu’à quand abuserez-vous de notre patience ?
Pour preuve de cette duplicité il est intéressant de noter qu’un nombre important de commerces du Plateau (je ne recommencerai pas une liste ici !!!) sont partenaires de l’initiative conjointe de la STM et Vélo-Québec « Faire ses courses en métro et en bus rapporte plus » le 25 novembre prochain. Plus de 120 commerces participants offriront des rabais sur présentation de nos titres de transport !
Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment vous conciliez ces deux positions pour le moins opposées ?
Je paye près de 5,000 $ en impôts fonciers. Je viens de recevoir le nouveau rôle d’évaluation pour 2011, et comme beaucoup d’autres je payerai sans doute encore plus l’an prochain. Je suis prêt à le faire, et aussi à payer un peu plus en vertu du plan de stationnement, parce que je sais que cela contribuera à notre qualité de vie. Mais je ne dépenserai pas un cent de plus pour permettre aux gens du 450 de venir dans les bars et restos de Plateau à moindre coût. Jamais. S’il y a un manque à gagner, il doit venir des utilisateurs. Est-ce donc si difficile à comprendre ? Et si vous ne le comprenez pas, c’est que votre seul but est de vous enrichir, à nos frais et à moindre coût. C’est carrément insultant !
Oseriez-vous divulguer aux citoyens du Plateau, sans doute vos principaux clients, le nom des commerces membres de votre organisation qui se sont élevés contre le plan proposé pour le stationnement ? Oh, j’oubliais, votre site Internet a de sérieuses lacunes : je cherchais les noms des membres de votre conseil d’administration et votre membership. Mais il n’y a rien là-dessus. Qui sont les administrateurs de cette corporation ? Ëtes-vous une organisation secrète ?
Tout cela nous aiderait tous éventuellement à revoir nos habitudes de magasinage…
En terminant, il m’est impossible de passer sous silence votre demande au maire de Montréal d’intervenir. Monsieur Depatie, il ne saurait être question d’une démocratie à deux vitesses ; une pour les commerçants et une autre pour les citoyens. Vouloir traiter directement avec la ville centre est un affront à tous les citoyens qui bénéficient grandement de la présence d’organisations locales avec des pouvoirs locaux proches de leur réalité. Je suis d’autant plus étonné par cette demande que dans le document de l’Association des sociétés de développement commercial (ASDCM), auquel vous avez, je crois largement contribué, on tient un discours où les « développement durable », « commerces de proximité », « citoyen-consommateur », « verdissement et expérience touristique agréable dans des quartiers habités » sont présentés comme la base même du développement commerciale du 21ième siècle. Vous allez jusqu’à tenter de comparer Barcelone et Montréal ! J’ignore si vous avez séjourné à Barcelone récemment, mais le centre de la ville est entièrement piétonnier. Donc, plus de problèmes de stationnement, de parcomètres et de tempête dans un verre d’eau !
Enfin, dans le journal Le Plateau d’aujourd’hui, vous osez ajouter ceci : « Ces requêtes ne coûtent rien ; ça l’empêche (le maire) de faire de l’argent. On lui demande de trouver d’autres solutions ». De votre côté, que proposez-vous ? Personnellement, je réfléchis sérieusement à une augmentation de la taxe d’affaires. Et salée, en plus, parce que mon compte de taxes, comme celui de mes concitoyens, est saturé.
En souhaitant que vous poursuiviez votre réflexion et que vous vous en arriviez à des propositions constructives pour rehausser l’attrait des commerces de nos quartiers. Présentement, on est loin du compte.

Denis Méthé
Résident et consommateur de biens et services du Plateau-Mont-Royal.